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Entrée d’un nouvel associé dans une structure médicale : quelle clause revoir ?  

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entrée nouvel associé

La vie d’une structure médicale est rythmée par des évolutions naturelles : départ à la retraite, arrivée d’un confrère, réorganisation de l’activité ou développement du cabinet. La cession de parts sociales ou l’entrée d’un nouvel associé constitue à ce titre une opération sensible, tant sur le plan juridique que déontologique.

Si les aspects fiscaux et financiers sont souvent anticipés, les statuts et, le cas échéant, le pacte d’associés sont trop fréquemment relus tardivement, alors même qu’ils conditionnent la faisabilité et la sécurité de l’opération.

Certaines clauses, mal rédigées ou devenues inadaptées, peuvent en effet bloquer une cession, générer des conflits entre associés ou fragiliser l’équilibre du cabinet.

Tout va dépendre de la structure et de ce qui a été prévu dans la documentation initiale. Un audit juridique préalable est donc indispensable pour disposer d’une vision exhaustive de la situation.

Néanmoins, nous avons tenté d’anticiper dans cet article les points qui reviennent le plus fréquemment lors de l’entrée d’un nouvel associé.

Les clauses encadrant la cession de titres

A. La clause d’agrément : un point central en matière médicale

Dans les structures d’exercice médical (SELARL, SELAS, SCM…), la clause d’agrément est quasi systématique. Elle permet de soumettre toute cession de titres à l’accord préalable des associés ou d’un organe désigné.

Plusieurs éléments doivent être examinés avec attention :

  • Le champ de l’agrément : cessions à des tiers, entre associés, au conjoint ou à un membre de la famille
  • L’organe compétent pour donner l’agrément
  • La majorité requise (présence, vote…) et les délais de réponse
  • Les conséquences d’un refus d’agrément : rachat obligatoire, désignation d’un tiers acquéreur, mécanisme de valorisation

Pour les médecins, cette clause doit impérativement être compatible avec les règles ordinales, notamment quant à la qualité professionnelle de l’acquéreur et aux conditions d’exercice en commun.

 

B. La clause de préemption

La clause de préemption permet aux associés existants d’être prioritaires pour racheter les titres cédés.

Lorsqu’elle existe, elle doit préciser :

  • Les bénéficiaires de la préemption
  • Les modalités d’exercice (délais, notification)
  • La méthode de détermination du prix
  • Son articulation avec la clause d’agrément

Une rédaction imprécise peut conduire à des blocages, voire à des contentieux, notamment lors de la fixation du prix.

C. La clause d’inaliénabilité

Certaines structures prévoient une période pendant laquelle les titres ne peuvent pas être cédés.

Pour être valable, cette clause doit :

  • Être limitée dans le temps
  • Être justifiée par un intérêt légitime
  • Être compatible avec le projet professionnel du médecin concerné

D. La clause d’exclusion

L’entrée d’un nouvel associé peut parfois s’articuler avec l’exercice d’une clause d’exclusion. Celle-ci permet d’écarter un associé dans certaines situations (manquement grave, perte des conditions d’exercice, incompatibilité déontologique).

Elle doit être rédigée avec une grande précision :

  • Motifs clairement définis
  • Procédure respectueuse des droits de la défense et des majorités légales
  • Modalités de rachat des titres

E. Les clauses de retrait et de sortie conjointe

Certaines structures prévoient :

  • Un droit de retrait volontaire
  • Des mécanismes de sortie conjointe (tag along)
  • Des obligations de cession forcée (drag along)

Ces clauses doivent être adaptées à la taille et à la réalité du cabinet médical et correctement articulées avec les clauses d’agrément et de préemption.

Les clauses organisant la gouvernance après l’entrée d’un nouvel associé

L’arrivée d’un nouvel associé modifie nécessairement l’équilibre interne de la structure. Il est donc essentiel de revoir la répartition des pouvoirs.

A. La prise de décision des associés

  • Les droits de vote attachés aux titres
  • Les majorités requises pour les décisions stratégiques
  • L’existence de droits spécifiques (veto, information renforcée)

Un déséquilibre trop marqué peut générer des tensions durables.

B. La prise de décision de la gérance

  • L’étendue des pouvoirs de gestion au quotidien
  • L’existence de seuils nécessitant l’information ou l’accord des associés
  • La mise en place d’un reporting

Une trop grande liberté sans visibilité peut être source de conflits.

La répartition des bénéfices

Dans les structures médicales, la répartition des bénéfices ne reflète pas toujours strictement la détention du capital.

Certaines clauses tiennent compte :

  • Du temps de présence
  • Du volume d’activité
  • Des responsabilités exercées

Ces mécanismes doivent être réévalués lors de l’entrée d’un nouvel associé.

Les clauses protectrices de l’activité médicale

A. La clause de non-concurrence

Fréquente en cas de départ d’un associé, elle doit être :

  • Limitée dans le temps et dans l’espace
  • Proportionnée
  • Compatible avec la liberté d’exercice du médecin

Une clause excessive peut être remise en cause.

B. La clause de non-sollicitation

Elle vise à limiter la sollicitation du personnel médical ou non par l’associé sortant.

  • Limitée dans le temps et dans l’espace
  • Proportionnée

Conclusion

La cession de parts ou l’entrée d’un nouvel associé dans une structure médicale ne peut être improvisée.

Une relecture approfondie des statuts et du pacte d’associés, en amont de toute négociation, permet d’anticiper les difficultés, de sécuriser l’opération et de préserver la stabilité du cabinet.

Ces clauses doivent impérativement être rédigées en conformité avec les règles déontologiques applicables aux médecins.

Un accompagnement juridique en amont constitue un véritable outil de prévention des conflits et de protection de l’exercice médical.

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Rédigé sous la direction de Maître Anne Laure GIRAUDEAU, experte en structuration de projets médicaux, avec la contribution de l’équipe Anodys Avocats.

Cet article est publié à des fins d’information générale. Il ne constitue ni une consultation juridique, ni une prise de position sur une situation individuelle, ni un engagement du cabinet ou de ses avocats dans un dossier particulier. Chaque situation étant spécifique, une analyse au cas par cas est nécessaire. Les exemples, commentaires et analyses présentés sont généraux et peuvent évoluer selon le contexte factuel, la stratégie procédurale et l’état du droit à la date de lecture.