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Secret médical : dans quels cas un médecin peut-il le lever ?

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secret médical

Le secret médical constitue l’un des fondements de la relation de confiance entre un patient et son médecin. Il garantit la confidentialité des informations partagées au cours de la prise en charge. Pour autant, cette obligation n’est pas absolue : la loi prévoit plusieurs exceptions dans lesquelles un médecin peut – voire doit – révéler certaines informations.

Dans cet article, le cabinet ANODYS, dédié au conseil et à la défense des médecins, fait le point sur les principales hypothèses de levée du secret médical.

Le principe du secret médical : une obligation légale et déontologique

A. Une obligation de silence sanctionnée pénalement

Le secret professionnel, dont découle le secret médical, interdit à tout médecin de divulguer des informations confidentielles recueillies dans l’exercice de sa profession. L’article 226-13 du code pénal prévoit à ce titre une sanction pouvant aller jusqu’à un an d’emprisonnement et 15 000 € d’amende en cas de violation.

B. Un secret général et étendu

Le secret médical couvre l’ensemble des informations connues à l’occasion de la prise en charge d’un patient, qu’elles aient été confiées, observées ou déduites. Le patient lui-même ne peut délier le praticien du secret, sauf dans les cas expressément prévus par la loi.

Ce principe vise à protéger la vie privée du patient et à préserver la confiance indispensable à la relation de soins.

Les exceptions légales au secret médical

La loi autorise – ou impose – la levée du secret médical dans certaines situations précises. Ces exceptions répondent à des impératifs de protection des personnes, de sécurité publique ou de justice.

A. Protection des personnes vulnérables et victimes de violences

L’article 226-14 du code pénal autorise les professionnels de santé à signaler des situations de danger sans encourir de sanction disciplinaire ou pénale.

  • Violences sur mineurs ou personnes vulnérables : le médecin peut signaler aux autorités tout fait de maltraitance ou de privation, sans l’accord de la victime.
  • Violences conjugales : depuis la loi du 30 juillet 2020, le médecin peut informer le procureur de la République si la vie de la victime majeure est en danger immédiat et qu’elle est sous emprise, même sans son accord.
  • Dérives sectaires : depuis la loi du 10 mai 2024, un médecin peut alerter le procureur de faits de sujétion psychologique ou physique lorsqu’ils compromettent gravement la santé d’une personne.

Ces dispositions traduisent une évolution du droit : le secret médical ne peut servir de protection à l’encontre des victimes.

B. Raisons de sécurité publique

Le secret médical peut être levé lorsque la non-divulgation d’une information met en péril la sécurité d’autrui.

  • Signalement de personnes dangereuses détenant une arme : le médecin peut informer le préfet s’il estime qu’une personne représente un danger pour elle-même ou pour autrui.
  • Soins psychiatriques sans consentement : le praticien peut transmettre des certificats médicaux aux autorités pour justifier une hospitalisation d’office.

C. Intérêt de santé publique

Certains signalements sont rendus nécessaires pour protéger la collectivité :

  • Déclaration des maladies à déclaration obligatoire : les médecins doivent informer les autorités sanitaires des cas de certaines maladies infectieuses.
  • Médecine du travail : le médecin du travail peut transmettre des avis d’aptitude ou d’inaptitude dans la limite de sa mission préventive.

D. Recherche de la vérité judiciaire

Le secret médical peut être levé dans le cadre d’une procédure judiciaire :

  • Perquisitions et enquêtes pénales : un magistrat peut ordonner la saisie de documents médicaux sous contrôle de l’Ordre des médecins.
  • Témoignage : un médecin peut témoigner dans des affaires de sévices sur mineurs sans violer le secret.

E. Intérêt du patient et de ses proches

  • Annonce d’un pronostic grave : le médecin peut informer la famille ou la personne de confiance, sauf opposition du patient.
  • Décès du patient : les ayants droit peuvent accéder au dossier médical, mais uniquement pour connaître les causes de la mort, défendre la mémoire du défunt ou faire valoir leurs droits.

F. Autres dérogations prévues par la loi

  • Injonction de soins pour délinquants sexuels : la loi permet un échange d’informations entre les médecins et l’autorité judiciaire pour prévenir la récidive.
  • Partage des données au sein d’une équipe de soins : les informations peuvent être échangées entre professionnels participant à la prise en charge, dans la limite du nécessaire et avec le consentement du patient.

Le futur règlement européen sur les données de santé permettra d’ailleurs au patient de restreindre l’accès à certaines informations médicales à des praticiens spécifiques, sauf intérêt vital en jeu.

Une levée du secret toujours encadrée : précaution et discernement

Les exceptions à l’obligation de secret doivent être interprétées strictement. Le médecin ne peut révéler que les informations nécessaires à la finalité prévue par la loi, et seulement dans les conditions qu’elle fixe.

En pratique, il convient de :

  • documenter par écrit la décision de signalement et ses motifs ;
  • informer la victime lorsqu’un signalement est effectué sans son accord (sauf impossibilité) ;
  • solliciter, si besoin, le conseil de l’Ordre ou d’un avocat avant toute divulgation sensible.

Le médecin reste libre d’apprécier en conscience la situation, mais il engage sa responsabilité s’il procède à une levée injustifiée du secret.

Conclusion

Le secret médical demeure une obligation fondamentale pour les professionnels de santé, mais il connaît des limites dictées par la protection des personnes et l’intérêt général.

Entre respect du secret et devoir d’alerte, l’équilibre reste délicat. Chaque situation doit être analysée au cas par cas, à la lumière des textes applicables et de la déontologie médicale.

Besoin d’un accompagnement en matière de secret médical ou de responsabilité déontologique ?
Contactez le cabinet ANODYS, dédié au conseil et à la défense des médecins.

Cet article a été rédigé sous la direction de Maître Anne Laure GIRAUDEAU / Mylène BERNARDON 
avec la contribution de l’équipe Anodys Avocats. 

Cet article est publié à des fins d’information générale. Il ne constitue ni une consultation juridique, ni une prise de position sur une situation individuelle, ni un engagement du cabinet ou de ses avocats dans un dossier particulier. Chaque situation étant spécifique, une analyse au cas par cas est nécessaire. Les exemples, commentaires et analyses présentés sont généraux et peuvent évoluer selon le contexte factuel, la stratégie procédurale et l’état du droit à la date de lecture.